A few tricks up the sleeve...

Exhibition

with Ethan Assouline, Sara Blosseville, Claire Finch, Youri Johnson, Silvana Mc Nulty, and guests: Marguerite Bones, Danaé Falcoz, Emmanuel Guy, Lome Lu, Callisto Mc Nulty, Revue Show, The Big Dumb Object

A few tricks up the sleeve and a dagger in the heart

Doc ! Paris

20 - 30 May 2021

A proposal by Lou Ferrand and Katia Porro

« Suivre le mal jusqu’à la racine demeurer en face de la plaie
la regarder – y mettre les doigts. » Laure

Il y a au départ une appétence formelle, un tropisme émotionnel pour les piques, les pointes, les épines, ce qui tranche, qui blesse, qui transperce. Dès lors, le regard devient averti au piquant ; il replonge dans une histoire de l’art et de la littérature parsemée de motifs sagittaux, acérés, perforants, considérant autant leurs manifestations visibles (l’arme, le geste, la plaie) que sentimentales (la menace, la douleur – mais aussi, et précisément, le désir). Il embrasse une dialectique qui transcenderait les époques ou les disciplines entre des formes perçues comme agressives ou hostiles et la charge de plaisir que ces dernières suscitent. Ce qui me blesse m’attire ; je m’abîme, mais jamais ne succombe.

Peut alors advenir ce moment d’inversion où la proie se met à se rêver prédatrice. Ce moment où il faut reprendre les armes – qui étaient jusqu’ici l’apanage des dominants, des puissants –, où il faut sortir les couteaux ; sinon pour nuire, du moins pour se défendre. Où il est temps pour nous de les tromper, de tricher aux cartes, de les affronter fièrement, salement, dans l’obscurité, « avec plus d’un tour dans la manche et un poignard dans le cœur », comme l’écrit McKenzie Wark à qui notre titre emprunte ses mots, initialement adressés à Kathy Acker. Qui s’y frotte, inéluctablement s’y pique.

À rebours apparent des théories du care, ou empruntant plutôt à ce qu’Elsa Dorlin nomme « dirty care » ou « care négatif », il n’est plus question de détourner le regard des formes ou des normes oppressives mais bien de s’y confronter, de s’y engouffrer, et peut-être de les conjurer. Ce qui se joue ici n’est pas un safe space, ou alors il serait lui aussi à lire à la lumière de son négatif, plus obscur que réellement sûr. Pas une exposition non plus, mais davantage la somme de nos affects, de nos désirs, de nos fictions et d’une volonté de penser ensemble. D’expérimenter avec les possibles, de jouer avec ces armes domestiques, poétiques, critiques, érotiques ou tactiques, avec peu à voir et beaucoup à éprouver.

Tel un maquettiste à l'équilibre instable et sous tension, Ethan Assouline explore l’austérité, le confort, la disparition et le piège, pour mieux pointer du doigt l’absurdité d’une société idéale néo-libérale. Youri Johnson dote ses « anti-poignards » de lames passives ; potentiellement létales, elles s’activent en réalité seulement si le geste qui les porte provient d’une impulsion amoureuse ou désirante. Chez Silvana Mc Nulty, le poignard est l’action, alors qu’elle transperce des matériaux fragiles avec des outils aiguisés, faisant grincer l’apparent calme du craft dont sa pratique découle. Sara Blosseville imagine ses sculptures comme des talismans ou comme les emblèmes d’un endroit, dont les formes évoquent à la fois l’enfance et le jeu, le plaisir et la douleur. Enfin, l’écrivain·e Claire Finch vient tordre le langage, car si l'on dit que le couteau constitue l’une des premières armes de l'humanité, il nous semble que ce sont les mots qui sont finalement les plus tranchants.

Une médiathèque construite à la va-vite offre une plateforme pour accueillir des extraits de textes et d’images, comme un kiosque abandonné abritant les idées des oublié·es. Voué à rejoindre ses rayons, un fanzine collectif, cut-up de textes, images et références, pénétré de tout ce qui aura pu être dit ou retenu contre nous, s’imprime en direct de l’espace d’exposition. Celui-ci sera également investi par l’Ugly Grrrl Book Club et son atelier d’écriture, explorant les affects négatifs, le laid, le dégoût, et ce qui refuse la douceur. Tout autour, et comme autant de brèches colmatées, des moments de travail mutualisés, des discussions, des rumeurs, des fantasmes, scandés sur place ou via les ondes de Radio Galoche. S'y entremêlent et se succèdent théoricien·nes de la violence et de la défense, fabricant·es d’objets pénétrants et désirants, praticien·nes de l’aiguille qui s’enfonce sous la peau, alchimistes à l’écoute des lames.